Côté parents

« De vivre ma vie j’ai arrêté »

10 mai 2015

Il y a quelques semaines, je lisais avec émotions l’article de Cranemou, « de vivre ma vie j’ai arrêté« . Elle a osé. Elle a osé parler de ces sentiments qui l’ont envahi, de la culpabilité que peut nous faire ressentir le statut de mère et de femme que nous endossons toutes. Elle a osé, et son article a fait tilt.

Depuis cette lecture, je repense à tout ça souvent.

 

IMG_9388La maternité est la plus belle chose qui me soit arrivée. Le bonheur ressenti en voyant ce petit être grandir, se développer, s’épanouir, découvrir la vie à nos côtés est indescriptible. Le bonheur de se sentir être une personne indispensable pour lui en est tout autant.

Mais.

La maternité bouleverse ma vie. Elle sait me rendre si heureuse, épanouie. Elle sait aussi masquer la personne que je suis vraiment. Je me perds à travers ce rôle de maman que je porte. Je me perds à tout donner pour mon fils, pour mon conjoint.

Il est vrai qu’avant de devenir maman, j’étais camouflé derrière des épaisseurs de corps qui en disait long sur ma souffrance intérieure. La maternité a su révélé la petite personne qui se cachait derrière ces couches. Ca m’a été réellement bénéfique.

Mais à côté de ça, je me perds aussi dans la maternité. Je perds la femme que je suis. Je suis aujourd’hui balancée entre des sentiments contradictoires, je virevolte, j’en attrape le tournis. Je me retrouve d’un côté, mais je me perds de l’autre. Ces sentiments contradictoires me hantent, finalement.

Et hier, j’ai compris. J’ai compris que j’avais besoin de temps pour moi-même. J’ai compris que j’avais besoin de recul, besoin d’évacuer toute la pression que je me mets pour essayer d’éduquer de la meilleure façon qu’il soit mon fils (essayer, pas réussir …). J’ai besoin de temps. De temps pour moi. De temps pour me reposer, pour réfléchir, et pour ne pas réfléchir, aussi.

ghhcaifa.

Un an. Un an que je suis maman. Un an que je ne vis plus pour moi, mais pour eux. Un an que je me suis quelque peu oubliée. La fatigue de ces dernières semaines, de cet hiver qui m’a paru une éternité, en dit long. Je me suis retrouvée à être qu’un corps sur pattes pour moi-même, et une personne entière pour eux. Je me suis retrouvée à ne pas penser une seule seconde à moi-même pour eux. A vivre pour eux.

Mais à côté, je me dis que ces pensées sont fausses. J’ai eu un peu de temps pour moi. J’ai eu l’occasion de finir le travail plus tôt, de me reposer sur la nounou pour avoir du temps pour moi-même, justement. J’ai eu du soutient de mon conjoint. J’ai eu du temps pour courir, pour me défouler. Mais je pense avoir fait les mauvais choix, justement. Aller courir quand j’ai une heure devant moi, alors que notre vie est une course en elle-même depuis un an, est-ce réellement ça, prendre du temps pour soi ? Profiter que mon petit être est chez la nounou pour s’occuper de l’appartement, des papiers, des rendez-vous, est-ce réellement ça, prendre du temps pour soi ?

Et hier, j’ai réalisé. J’ai réalisé que ce temps, obtenu par ci par là, ne suffisait pas. Que j’étais à deux doigts de craquer. Que j’avais besoin de prendre un peu de recul, de me retrouver, seule avec moi-même. Ces dernières semaines ont été très dures. Moralement, psychologiquement. Stressantes. J’ai arrêté de courir, mais la vie, elle, n’a pas arrêtée d’être une course. J’ai accumulé les pressions, jusqu’au point de craquer. Et de réaliser que j’avais besoin de temps pour moi.

Hier, j’ai passé la soirée seule. Sur mon canapé, devant la télé. Mon conjoint étant partis se coucher, simplement. J’étais seule. J’ai profité pour parler avec quelques copines, et j’ai réalisé. J’ai réalisé que j’avais besoin de temps pour moi, que ce quotidien qui est devenu mien était devenu trop lourd. Que j’avais besoin de m’évader. De repenser à moi, à ma personne. De partir, seule, une journée, deux journées, une semaine. De penser à mon avenir, également, à ce que je souhaite réellement faire. De voir mes copines, aussi. Ces personnes formidables que j’ai délaissé depuis un an. Que j’ai quelque peu mis de côté. « Parce que j’ai pas le temps« . « Parce que je dois m’occuper de mon fils« . « Parce que nous profitons d’être en famille« .

J’ai besoin de retrouver la personne qui se cache aujourd’hui derrière le statut de mère. 

Mais ce besoin, aussi vital soit-il, je n’y répondrais pas. Parce que finalement, ce statut de mère-femme, je l’ai voulu. Et je me dois de satisfaire aux besoins de ma famille. Je ne suis plus une. Aujourd’hui, je suis trois. 

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8 Comments

  • Reply Emeline Instant Maternel 10 mai 2015 at 8 h 51 min

    Je rêve aussi d’avoir du temps pour moi, mais quand j’en ai un tout petit peu, j’ai peur qu’il arrive quelque chose à ma mini. Je ne profite pas du tout.
    Le début est dur, mais dans quelques temps, ça sera beaucoup moins lourd.

    Courage, tu tiens le bon bout :) (Et oui, je pense qu’aller fair eune activité physique, c’est prendre du temps pour soi. Tu peux te retrouver seule avec toi-même, ou avec des copines pour un peu de potins, moi j’adore :))

    • Reply Elodie 11 juillet 2015 at 7 h 51 min

      Je suis d’accord avec toi. Quand mon conjoint ne travaille pas, je n’ai pas envi de prendre du temps pour moi, au contraire, j’ai envi de passer ces moments là à 3 !!! Alors que j’en aurais bien besoin aussi ! Pour l’activité physique, en tout cas la course à pieds, je préfère courir seule :) surtout que je cours mieux seule ! Mais j’ai prévu de reprendre la nage en septembre, tu me diras, difficile de parler avec les copains sous l’eau, mais il suffit de s’arrêter (et donc de ne pas nager, logique lol).

  • Reply Géraldine 10 mai 2015 at 13 h 47 min

    Bonjour je découvre ton blog par IG
    d’expérience de maman de 3 enfants ( 7 ans 6ans 3ans ) ne t’oublie pas, si pour le moment tu te vois maman avant tout pour ton fils il te faut prendre du temps pour toi uniquement justement pour te ressourcer afin de pouvoir être à 100%avec ton fils
    perso je prends du temps pour moi à la sieste des enfants un café livre ou tablette pour 30min ce temps est pour moi et j’ajoute une ballade par semaine seule soit magasin soit en campagne surtout sans enfant
    bon courage et continuation

    • Reply Elodie 11 juillet 2015 at 7 h 53 min

      Merci pour ton partage d’expérience Géraldine !! Et tu as tout à fait raison dans ce que tu dis je trouve ! Je l’ai compris, je crois. Alors en ce moment, je ne prends pas de temps pour moi, car je n’en ressens pas le besoin ni l’envie, mais il y a des moments où si ! Alors je n’hésites plus, j’essaye, tout du moins ! C’est super tes ballades seule je trouve, c’est important !!
      Merci en tout cas :)

  • Reply Doudou Lardon 12 mai 2015 at 11 h 31 min

    Je suis dans le même cas que toi. J’ai l’impression que la maternité a complètement fait disparaître ma personnalité, mes rêves, mes ambitions. Je vis uniquement pour lui, pour me consacrer à lui. J’en ai envie, mais je le vis très mal car j’ai honte de ressentir ça.
    J’ai écrit un article là dessus si tu as quelques minutes: http://bit.ly/1d2WLCN
    Je sais que j’aurais besoin de prendre du temps pour moi, car je ne vis pas si bien cet enfermement. J’ai hâte de reprendre le travail, d’avoir de nouveau une vie, des choses à raconter aux autres…

    • Reply Elodie 11 juillet 2015 at 21 h 49 min

      Je comprends tout à fait ton point de vue. C’est difficile de se retrouver femme une fois maman. Alors que c’est pourtant indispensable !! Nous partagions beaucoup de choses, toi et moi, car sur le plan professionnel pour toutes les deux c’est (ou c’était !) compliqué. J’ai vu sur ton blog que tu reprenais une formation, que, finalement, tu changeais de vie et pensais à toi : FELICITATIONS !! C’est génial !!! Tu penses à toi aujourd’hui et c’est tout aussi important pour ton fils ! Alors je te souhaites une très belle réussite dans tes projets à venir !

  • Reply Solange 12 mai 2015 at 13 h 48 min

    Je me reconnais bien dans ce que tu décris, malheureusement après 3 enfants j’en suis toujours au même point…la culpabilité d’être soi et d’être mère…à mon deuxième j’ai fait une dépression avec multiples facteurs mais l’épuisement maternel en était une des principales. Moi aussi je rêve de partir, de m’évader seule…j’elabore des plans et au dernier moment j’annule car ce que j’aime vraiment c’est être avec mes enfants et leur papa…dans la journée je culpabilise moins mais je m’oblige à la laisser chez nounou pour m’avancer sur les tâches de la maison…plein d’ambivalences…écoute ton cœur !

    • Reply Elodie 11 juillet 2015 at 21 h 50 min

      Merci pour ton témoignage, Solange ! Il est vraiment difficile de se retrouver femme une fois maman … Je suis désolée pour ta dépression. Je comprends tout ce que tu me dis, l’annulation des plans que tu te fais, je suis pareil ! Le plus important, dans ma vie, ce sont eux, mes deux hommes. Rien ne compte plus qu’eux. Et ma personne passe après, du coup. Merci en tout cas pour ton message !

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