VieDeMaman

Ces quelques kilos.

3 février 2016

Ces quelques kilos … En trop. 

J’ai toujours eu un rapport à la nourriture difficile, problématique. Je me souviens encore aller, en plein début d’adolescence, chez une nutritionniste. J’avais 11 ans, et je devais respecter des règles qui me paraissait tellement évidentes mais qui ne me convenait pas.

Je vivais dans ce sentiment de honte. Honte, mais de quoi ?

Honte de mes rondeurs, de mes formes, de mes poignées d’amour.

Honte d’être hors-norme. Honte de ne pas être « normale », d’avoir un IMC trop élevé.

Honte de devoir subir ces rendez-vous médicaux, honte de devoir écrire chaque jour ce que je mangeais dans un carnet, pour être « contrôlée ». Honte qu’on me dise « c’est bien / ce n’est pas bien ».

608b3-camille-ladousse-la-vie-en-beaute-illustration-menu-minceur-927145252_mlQuand j’étais petite, je me cachais dans les toilettes pour manger du Nuttela à la petite cuillère.

J’allais presque tous les midis à la boulangerie pour acheter des bonbons et les manger à l’école, l’après-midi.

Je dépensais tous mon argent dans ces conneries de confiseries, je me faisais des « copains » juste pour mes bonbons. Je me suis même prise à piquer des sous dans le porte-monnaie de mes parents pour subvenir à ce « besoin » qui me prenait. La boulangère ne m’a jamais stoppé dans cette démarche. Forcément, je faisais marcher son commerce. Je dépensais parfois 5, 6, 8 euros d’un coup, en un seul midi.

Et je mangeais tout ça. Je m’empiffrais. A m’en dégouter. A ne plus me supporter. Mais à en être satisfaite.

Mais, j’avais des « copains ». Je les savais faux, mais j’avais une vie sociale. Tout ceci est lié, je crois. On « m’aimait » pas pour moi-même, mais pour ces bonbons qui étaient cachés dans mes poches.

Et moi, je vivais derrière tout ça. Ces goinfreries me permettait de me cacher. De m’effacer.

Les kilos se sont entassés, petit à petit. Je détestais ce suivi, je n’aimais pas faire attention. Je crois que cette maladie compulsive me permettait de devenir transparente … Par mes rondeurs. Ce qui est complètement contradictoire, sommes nous d’accord.régime

Et à côté de cela, je faisais beaucoup de sport. Des heures et des heures de natation. Des heures à me dépenser. Peut être indirectement pour éliminer. Pour essayer de cacher cette honte. Pour masquer ces kilos en trop, pour masquer ce dégout de moi-même.

Mais, ça ne suffisait pas. Je ne rentrais pas dans les normes. J’étais trop grosse pour notre société, j’étais trop grosse pour être considérée comme une personne normale. 1m67, 60-65 kilos. C’était trop.

Je me souviens encore avoir comme référence, à 15 ans, mon poids « de forme ». De 61 à 64 kilos, selon les périodes d’affutage ou les périodes de charge. Mais c’était déjà trop. Car j’avais des cuisses, j’avais des poignées d’amour.

 

L’arrêt du sport, le début des études, la sédentarisation … Les mois ont passé, j’ai grossis. Et mon obsession pour la nourriture à continuer. Les kilos se sont accumulés, ont pris place en moi. Et je me suis effacée, encore. Je me suis cachée derrière de gros pulls, choisis pour leur seul intérêt de camouflage. Je me suis trouvée un corps qui n’était plus celui d’une jeune femme, mais une simple barrière contre mes démons. Je me suis trouvée un intérêt pour tout ce qui était gras, et pour des quantités astronomiques._300dessin_poids

Je ne saurais dire exactement quelles ont été les premières causes de cet attrait pour la nourriture. Je ne sais pourquoi je me cachais dans la nourriture, alors que j’étais enfant.

Ces causes ont évolué. J’ai su les connaitre, les reconnaitre, plus tard .

Puis, un jour, la maternité.

Cette envie de devenir mère depuis si longtemps. Ce besoin viscéral. Ce sentiment de ne plus vivre pour soi mais pour un petit être. Ce sentiment de ne plus devoir assumer une vie personnelle, mais de guider celle d’un autre. Cet enfant tant désiré … Pour masquer mes blessures, pour me réfugier en lui, pour réapprendre à vivre et à être heureuse.

La grossesse et la maternité m’ont transformé, considérablement. Je ne suis plus la même personne, j’oublie petit à petit la personne que j’étais, d’ailleurs.

Lorsque je revois des photos du passé, j’éprouve beaucoup de dégout, de colère, de désintérêt pour la jeune femme que j’étais. Je ne comprends pas mon conjoint, qui a pu m’accepter comme j’étais.

Les mois de grossesse, les premiers mois du nourrisson, les mois du bébé, les mois du petit garçon. Et voir les kilos s’envoler. N’y trouver aucune explication rationnelle. Le changement de rythme, l’écoute de l’autre, le « vivre pour lui », simplement. Se transformer. Devenir une mère, plus qu’une femme.

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27,5 kilos. J’ai perdu 27,5 kilos, sans savoir ni pouvoir l’expliquer.

Bien évidemment, je vois que mon alimentation a changé. Mon corps a su dire stop. Au gras, à la malbouffe. J’ai trouvé de l’intérêt pour des légumes, ces aliments que je ne connaissais pas, que je refusais de connaitre.

Mais voilà, c’est un peu trop facile de perdre autant de poids en si peu de temps. C’est un peu trop facile de voir son corps se transformer, sans effort.

Alors mon corps me rappelle qu’il ne doit pas être le seul dans ce combat. Depuis quelques mois, j’ai regrossit. Je suis retombée dans cette sale spirale du manger mal, du manger gras, du manger trop. Certes, je n’ai repris « que » 5 kilos.

Mais ces kilos là, ils se voient. Je les vois. Ils sont présents. J’ai repris des formes, j’ai repris des hanches. Je ne rentres plus dans ces nouveaux pantalons dont j’étais si fière de montrer la taille à mon conjoint. Je vois ce gras sur mon ventre. 51261-1192Le Nuttela, qui m’écoeurait pourtant lorsque j’étais enceinte, est réapparu dans ma vie. Pourtant, il me fait mal. Il me fait mal psychologiquement. Mais il me fait également mal physiquement.

Je mange gras, j’ai mal.

J’ai mal au ventre, mais je continue. Je continue car ce gras, cette malbouffe, elle me permet simplement de me cacher. Elle me permet de me masquer derrière mes démons.

Derrière cette solitude, qui m’envahit. Derrière ce burn-out, sur lequel j’ose enfin mettre le nom. Derrière cette culpabilité, qui m’envahit chaque jour où je laisse le capitaine chez la nounou, alors que je suis à la maison.

Et des remises en question perpétuelle. Dans quelle direction dois-je me diriger ? Vais-je me trouver ? Arriverais-je un jour à être épanouie, autant professionnellement que personnellement ?

Vais-je finir par devenir  tant une femme qu’une mère ? Arriverais-je à transformer l’amour que je porte à mon petit bébé en un amour pour mon petit garçon, qui grandit, qui se forge … Qui crise, qui rentre dans un certain « terrible two » ? Arriverais-je à m’apprécier moi-même ?

Bref, ces quelques kilos.

Ils jouent un rôle important dans ma vie. Ils font à la fois partie de mon passé, de mon présent, et surement de mon futur.

Ces quelques kilos en trop, c’est un réel combat au quotidien. Un combat contre eux, bien sur. Un combat contre moi-même. Un combat tout à la fois psychologique que physique.

Un combat que je souhaite gagner, définitivement.

Pour moi, pour mon fils, pour mon conjoint. 

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7 Comments

  • Reply Cli 3 février 2016 at 21 h 57 min

    J’ai eu la « chance » de ne pas subir le poids de tout ce que je mangeais jusqu’à mes 14/15 ans. Après avec la pillule et l’arrêt du vélo (je prenais le car, le lycée était trop loin) ça a été de pire en pire.
    J’ai un rapport étrange avec la nourriture également, proche du tien il me semble.
    J’ai perdu beaucoup de poids avant les grossesses, parce que je ne mangeais plus rien! Et ce n’est pas mieux.
    J’ai toujours mangé des légumes et aujourd’hui je mange même plutôt équilibré. Mais j’ai encore des fringales par moments. Et je crois que ça n’est pas prêt de s’arranger car j’ai beau avoir fait hyper gaffe à ne pas manger entre les repas pendant une période, les kilos sont bien restés! Alors ça mine encore plus le moral et c’est reparti pour le cercle vicieux….
    Je n’ai même pas espoir de voir mon corps comme je l’aime un jour.
    Mais je te souhaite un épanouissement personnel et professionnel et que cela puisse t’aider dans ton rapport à la nourriture.

  • Reply Lauriane 4 février 2016 at 14 h 49 min

    Hello,
    Je te lis depuis peu, mais cette histoire que tu racontes me parle, je me reconnais dans beaucoup de points de ton « ancienne » vie, l’argent piqué dans le porte monnaie pour acheter des bonbons, la nourriture mangée en cachette (moi, c’était le galak !).
    Je sais que la fatigue, le stress sont mes ennemis alimentaires, et j’apprend petit à petit a me faire du bien autrement qu’en mangeant. Je te souhaite de retrouver un équilibre !
    Bonne journée

  • Reply Andrea 4 février 2016 at 17 h 00 min

    Sacré histoire dans laquelle beaucoup de personnes peuvent s’y retrouver, bravo pour avoir osé le mettre sur « papier » et bon courage !

  • Reply Manou 4 février 2016 at 18 h 13 min

    Le Nutella comme remède au brun out … c’est mon quotidien. Merci pour tes mots, je me sens moins seule

  • Reply rinette 4 février 2016 at 22 h 40 min

    Coucou

    Ton article est vraiment touchant. Je me reconnais un peu dans ce que tu as ecrit. Des fois quand tu trouve pas de solution à un problème on a tendance à se cacher derrière la nourriture qu’on considere comme une consolation. Je n’ai pas forcément faim mais je vais manger pour oublier Un petit instant mes périodes d’angoisses. Mais j’ai renoncé à perdre du poids pour l’instant. Il faut s’aimer comme on est avant d’entamer un régime. Ne te met pas la pression. Courage et surtout prend le temps de t’ecouter.

  • Reply HelenB 7 février 2016 at 21 h 49 min

    A travers tout ce que tu racontes et les origines dès l’enfance de ce rapport à l’alimentation (et ton désir de comprendre) je pense qu’une psychothérapie pourrait t’aider à mieux comprendre tout ce que tu as vécu et vis encore aujourd’hui. Faire ce travail sur toi pour toi, et non pas pour ton fils ou ton conjoint, afin d’éviter que ton fils ne porte « le poids » de « réparer » tes blessures. Tu as déjà fait un bon bout de chemin, ton blog est une sorte de therapie mais ne remplace pas le travail sur toi , soutenu et contenu par un professionnel bienveillant … Bon courage

  • Reply Maman Fatale 8 février 2016 at 17 h 30 min

    Le poids, le rapport à l’alimentation … C’est tellement compliqué !

    Pendant longtemps je mangeais n’importe comment, jamais de légumes, que du fast food, des frites, pâtes, pommes de terre … Je crois que j’aurai pu me transformer en Madame Patate, mais je ne grossissais pas parce que je faisais beaucoup de sport au niveau compétitif.

    Cependant, quand j’ai arrêté le sport j’ai pris 10kg … BIM… Et puis je suis tombée enceinte et encore 10kg … En soit, c’est pas énorme mais aujourd’hui je n’arrive plus trop à reperdre mon poids de grossesse, alors j’essaye de faire attention à mon alimentation, il faudrait que je me remette au sport mais la motivation n’est pas toujours présente … Mais sincèrement ça me rassure, je vois que toutes les mères passent par là et décidément ce n’est vraiment pas quelque chose de facile ! De s’aimer tout simplement !

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